Marie fut épouvantée par ces discours. Elle crut que le Tentateur s’était incarné sous la forme chère de Claude. D’abord, muette et consternée, elle répondit enfin, en pleurant. Claude ignorait-il qu’elle était une vraie chrétienne, qu’elle voyait dans le mariage non pas un contrat, mais un sacrement? L’amour qu’il implorait d’elle, l’Église l’appelait tout simplement, tout crûment: adultère.

—Et moi qui croyais à votre amitié! Moi qui étais si confiante, si heureuse! Il faut nous séparer...

Il trembla. A force de promesses, pourtant, il rassura la jeune femme. Il obtint qu’elle oublierait l’aveu intempestif. Mais quand un homme a dit: «Je vous aime» à une femme elle garde le son de ces mots dans l’oreille et dans le cœur, et elle croit les entendre, déguisés, sous les phrases les plus banales. La peur de l’amour, sans cesse, la ramène à l’idée de l’amour.

Vint le dernier dimanche d’octobre. Claude avait déjeuné chez les Wallers. Il monta dans l’atelier pour voir les Annonciations.

Marie soufflait sur le papier de soie qui couvrait les enluminures, et la feuille légère et transparente se rebroussait ou s’envolait. Parfois, l’haleine de la jeune femme effleurait les mains impatientes de Claude.

Il avait d’abord regardé les peintures précieuses, mais bientôt ses yeux se détournèrent des Madones et des archanges, et caressèrent d’un regard hésitant le cou nu de Marie, sa nuque ambrée, où les tresses aux fortes racines croisaient leurs cordes soyeuses, dorées à la base et qui s’argentaient en remontant vers le front, selon la courbe de la tête. Et Claude était fasciné par cette chevelure dont la splendide orfèvrerie brillait dans la lumière comme un joyau, et qui exhalait une odeur de jeunesse, mêlée au parfum pur de l’iris.

Soudain, la jeune femme fit la moue:

—Vous êtes distrait, Claude!

Elle rejeta les miniatures sur la table et se tourna vers Claude... Et elle reconnut tout à coup ce visage qu’elle avait vu, le jour de l’aveu, et qu’elle pensait bien ne revoir jamais. Une émotion l’envahit, plaisir triste et douce peine...

Soudain, Claude prit la main de son amie et la baisa, dans ce creux sensible et délicat de la paume, puis sur la chair du poignet; tout le long du bras demi-nu, jusqu’au pli du coude où l’épiderme plus mince laisse transparaître une petite veine bleue. Puis la porte se referma derrière lui, et la jeune femme se retrouva seule.