—Comme je te détesterais, Marie, si je ne t’aimais pas tant!... Me voilà toute seule à souffrir... Quand je te verrai avec Claude, je me rappellerai que j’ai été heureuse aussi...

—Non, Belle, tu n’étais pas heureuse; tu étais grisée...

—Et si c’était mon bonheur à moi, la griserie?... Une illusion qui dure, c’est une réalité, la seule qui compte, puisqu’on n’en connaît pas d’autre...

Elle soupira et dit, avec une étrange nuance de vanité dans la tristesse:

—J’ai été follement heureuse, plus que tu ne le seras jamais...

Dans l’après-midi, Marie Laubespin voulut visiter quelques églises, et faire le pèlerinage des catacombes de Saint-Calixte, mais madame Van Coppenolle se déclara très suffisamment édifiée et fatiguée par Saint-Pierre, Saint-Jean de Latran et Sainte-Marie Ara Cœli, qu’elle avait vus la veille.

Elle préférait se promener au Pincio.

Marie passa une journée mélancolique et douce, errant d’église en église, et laissant un bouquet de prières à chaque autel. Délivrée du bavardage affectueux et des plaintes d’Isabelle, délicieusement seule, elle alla, en voiture, jusqu’au tombeau de Cecilia Metella. La voie Appienne, avec les statues, les exèdres funéraires envahies par la mousse, les cénotaphes croulants, lui rappela la voie des tombeaux à Pompéi. Elle ne retrouvait pas la douceur campanienne dans l’austère paysage où les files brisées des aqueducs s’en vont vers Rome, parmi les joncs des marais, les oliviers frissonnants, les pins aux larges ombelles. Ici, c’était une autre Italie, et le conseil qui émanait de cette terre romaine était mâle et grave; tout, et même la mort, parlait d’éternité. «Ne cueille pas le jour qui passe. Travaille, aime, prie et grandis ton âme à la mesure de tes espérances...»

Quand Marie revint à l’hôtel de la place d’Espagne, le portier lui dit que madame Van Coppenolle avait envoyé les bagages à la gare et qu’il avait le bulletin de consigne.

—Madame a tout réglé. Elle a dit que madame Laubespin pourrait prendre le train du soir pour la France...