Maintenant, elle n’engageait plus madame Laubespin au divorce; elle ne parlait plus de Claude; elle faisait des allusions discrètes à «ce pauvre André». Elle aurait trouvé fort mauvais que Marie se ravisât, et elle pensait: «Tu as voulu que je sacrifie mon amant. Tu me dois l’exemple de l’héroïsme; sacrifie ton amour!...» Mais elle se croyait beaucoup plus malheureuse que sa cousine, parce que Marie ne pleurait jamais devant elle.

Le matin du troisième jour, Marie reçut un télégramme qui était allé de Pont-sur-Deule à Pompéi, puis de Pompéi à Rome. Madame Wallers avertissait sa fille qu’André Laubespin venait de mourir brusquement, d’une embolie.

—Tu vas être heureuse!... répéta Isabelle, en ranimant Marie qui s’évanouissait. Tes peines sont finies... André n’a plus besoin de toi. Il a emporté ton pardon, et tu penseras à lui sans remords... Tu auras tout, Marie, l’amour, le bonheur, et même la paix de ta conscience... Claude t’attend, Marie!... Tu vas être heureuse!

Ainsi elle réconfortait la jeune femme qui avait trouvé des forces pour le sacrifice et qui demeurait éperdue et faible devant le bonheur, presque honteuse de ne pas regretter André Laubespin.

—Il y a cinq ans que mon âme est veuve de lui, et je me souviens à peine de l’avoir aimé, dit Marie... Je n’affecterai pas une douleur hypocrite... Pourtant, je suis profondément émue par ce mystère terrible de la mort...

Elle s’inquiéta de l’enfant abandonné et promit de veiller sur lui.

Puis elle songea au départ.

—Veux-tu que nous prenions le train de nuit? dit Isabelle. Tu auras une journée encore pour te reposer, après cette émotion. Ton père doit être prévenu. Il faut télégraphier à Claude... Nous brûlerons Turin... J’irai, avec toi, à Versailles, pour les obsèques... Je ne te quitterai pas... Allons! Marie, sois énergique!

Elle s’agitait fébrilement, feuilletait l’indicateur, sonnait le portier pour demander la note. Marie, étendue sur un divan, la tête dans ses mains, rêvait et priait.

Mais, après le déjeuner, l’activité d’Isabelle s’arrêta, comme une pendule se ralentit. Une morne immobilité, un silence orageux remplacèrent l’agitation et le verbiage. Et tout à coup, madame Van Coppenolle dit: