On rit. Isabelle ne se fâcha pas.
—Sans plaisanterie, reprit-elle, l’âme flamande est bien engagée dans la matière et elle est animée par l’amour du bien-être, l’amour de l’argent et l’amour de soi. Les personnes qui possèdent cette âme, quand elles sont du sexe féminin, s’enorgueillissent surtout de leurs qualités ménagères, de leur fécondité et de leur vertu. L’âme flamande loge dans le ventre, comme le voulaient les anciens, si j’en crois mon oncle Wallers.
La bonne madame Wallers hocha sa tête placide à bandeaux gris, et elle déclara ces plaisanteries fort inconvenantes.
—Pardon, ma tante! dit Isabelle. J’accorde qu’il y a deux Flandres: la vôtre, qui est celle de Watteau, et l’autre, celle de Teniers, qui est aussi celle de ma belle-mère.
—Et celle de ton mari!
—Et celle de mon mari!
M. Meurisse, à qui déplaisait cette ironie, dit gravement:
—Vous devriez mentionner, au moins, les vertus de notre race. Flamands belges ou Flamands français, nous sommes cousins sinon frères et nous avons bien des tendances communes... Il est vrai que nous sommes lourds et positifs, un peu portés sur la... bouche, et que notre rire est épais... Nous n’avons rien d’aristocratique... Mais nous avons toujours défendu nos libertés; notre histoire est glorieuse; nous sommes sérieux, actifs, entreprenants. Notre département du Nord, à lui seul, paie le quart des impôts qui constituent le budget annuel de la France...
Cette révélation n’émut pas madame Van Coppenolle.
M. Meurisse ajouta: