Quand on revint dans la bibliothèque, Marie offrit le café. Tous les hommes fumaient, avec la permission de madame Wallers... Le bel Angelo roulait une cigarette pour madame Van Coppenolle, M. Guillaume Wallers, à qui l’on permettait la pipe, s’était installé dans un vaste fauteuil. Il appela Angelo pour l’interroger sur son voyage.
—Quelle impression vous a faite notre France?
—La France!... Oh! belle, belle, élégante, surtout sympathique... Quelle finesse dans les nuages des paysages, dans les esprits, dans la langue même...
On ne put tirer de lui aucune réflexion critique, mais sans doute, il devait faire des réserves. Bien qu’il fût, chez les Wallers, comme un familier, il appréhendait que sa franchise ne compromît une amitié naissante. D’ailleurs cette franchise lui paraissait prématurée, grossière, inutile. Est-ce que les Wallers, arrivant à Naples, ne l’eussent pas accablé, lui, Napolitain, des compliments usités, classiques, sur la beauté de la ville? Se fussent-ils plaints de la saleté, de la mauvaise odeur, de la friponnerie du peuple?... Non. En personnes bien élevées, ils eussent attendu que le miel des douceurs fût épuisé, et que l’orgueil du fils de Naples eût été satisfait par l’habituel hommage.
—Et le Nord? dit Marie. Il ne vous a pas déplu, avec ses plaines, ses villes ouvrières, ses charbonnages?
—Oh! très intéressant... J’aime les beffrois et les carillons, si poétiques! Et les hôtels de ville et les musées... Van Eyck... Memling...
Il confondait la France et la Belgique, pour mieux louer. Et il dit que Pont-sur-Deule était une cité charmante.
—Allons donc! fit madame Van Coppenolle, vous ne pouvez pas aimer ces pays-là sincèrement. Vous faites un grand effort d’imagination pour vous persuader qu’ils vous plaisent et que vous les comprenez. Cher monsieur, je ne suis pas bien savante, mais j’ai un peu voyagé, et je suis absolument sûre que, si le Midi fascine souvent l’homme du Nord, le Nord n’attire guère l’homme du Midi. Il faut être né en Hollande, en Allemagne ou en Angleterre pour y vivre avec plaisir, tandis qu’on voit des gens de toutes races se fixer, par choix, dans les pays méditerranéens.
Claude s’écria qu’il n’était pas un de ces hommes, et qu’il n’éprouvait aucun besoin de vivre «sous un ciel toujours bleu» qui incite à la jouissance et à la paresse. Et comme il était irrité et agacé, et qu’il commençait à prendre en grippe le bel Angelo di Toma, il ne mesura pas ses paroles en opposant l’activité disciplinée des gens du Nord à la misère, à l’incurie, à l’immoralité méridionales.
Angelo ne répondit pas. Il souriait toujours, mais il regardait Claude comme un gentilhomme peut regarder un rustre incivil, intempestif, ennuyeux, un seccatore. Guillaume Wallers interrompit Claude: