—Adieu!... Adieu!

Isabelle agita son mouchoir et madame Wallers répondit par de petits signes. Soudain, la porte d’une salle d’attente s’ouvrit. Un homme, essoufflé, parut, qui avait un pardessus clair, des souliers jaunes, un feutre grisâtre. Il agitait un bouquet de violettes, avec un geste de fureur et de désespoir, comme pour arrêter le train qui filait et dont on ne voyait plus que le fourgon d’arrière...

Alors, Isabelle se rassit, contente...

Les villes se succédaient, pareilles, et continuées l’une par l’autre: des murs gris après des murs gris, des toits de zinc, des toits de verre, des toits de larges tuiles d’un vilain rouge. Le long de la voie, il y avait des petites cours de maisons pauvres, des jardinets où séchait du linge.

Et les murs, les toits, les jardins, le linge, étaient salis par la poussière de charbon, par l’impondérable suie suspendue dans cet air tout barbouillé de fumée.

La fumée qui sortait des mille cheminées industrielles ou ménagères ne pouvait monter. Tout de suite rabattue par le ciel lourd, elle s’étalait, stagnante et diffuse.

—Quel affreux pays! dit Isabelle. La laideur des choses s’accorde avec la laideur des gens. Toutes ces figures lymphatiques et blondasses me font penser à des lapins albinos roulés dans le charbon.

Elle montrait les groupes d’ouvriers qui regardaient passer le train.

—Vraiment, la race n’est pas belle... Voyez, Claude, ces traits grossiers, ces corps massifs.

—La race n’est pas fine, mais elle est puissante lorsqu’elle ne dégénère pas par l’effet du travail prématuré ou de l’alcool.