Il était calme, ce jour-là, le Vésuve! Sa couronne de fumée glissait sur sa rude épaule ravinée, et les ombres des nuages errants lui faisaient un manteau de pourpre obscure, troué et déchiré par la lumière.
Capri, à droite, isolée sur la mer, semblait un bloc de cristal que traversait et colorait le bleu même de l’eau.
Jamais Marie Laubespin n’avait vu un bleu pareil à celui-là, ni dans le ciel, ni dans les rivières, ni dans les vitraux des églises, ni sur les pétales des fleurs les plus bleues. Ici, seulement, croyait-elle, la nature avait accompli le miracle de l’azur qui imprègne les eaux profondes, l’air mobile, et la matière même de ces décors volcaniques qui ont, suivant les heures, les nuances de l’ardoise, de l’améthyste, du jade ou du saphir, mais qui participent toujours, clairs ou sombres, à l’immense symphonie du bleu.
Marie demanda naïvement si les naturalistes ont dit vrai, et si c’est une algue minuscule qui teinte en indigo la mer Tyrrhénienne. Angelo fut indigné:
—Une algue?... Peccato!... Qu’est-ce qu’ils disent, ces messieurs-là?... La Tyrrhénienne est bleue parce qu’elle fut le miroir de Vénus et qu’elle garde le reflet de ses yeux bleus... Et c’est pourquoi les jeunes femmes qui la contemplent trop longtemps deviennent amoureuses.
Marie fronça le sourcil.
—Les femmes de chez vous, peut-être?
—Oh! non, dit Angelo, paisiblement, toutes, toutes!... Elles sont ensorcelées... surtout les Allemandes!... Il y en a qui viennent, en voyage de noces, et qui restent à Capri. Elles font l’amour avec un pêcheur ou avec un chevrier...
—Vous vous moquez?
—Interrogez les gens de Capri... Ils vous diront si c’est rare, cette aventure... Et nous avons connu à Pompéi un gardien qu’une artiste américaine a épousé, un simple gardien qui savait à peine lire... Mais il était beau!...