Mentalement prononcé, le nom de Claude fait tressaillir la jeune femme... Claude! Il était si près d’elle, tout à l’heure, quand elle lui écrivait: «Je suis déçue et triste, et je me souviens...» L’ami bien-aimé rentre dans son âme... Il rentre!... Elle ne l’avait pas senti s’éloigner!

Marie, s’interroge... Quoi? elle a pu oublier Claude, un si long moment, distraite de lui par ce paysage qu’il ne verra pas, et par ces gens qu’il n’aimerait pas!... Oublier les absents, n’est-ce pas les tuer jusqu’à ce que le souvenir les ressuscite? La promenade, la causerie, la musique, ont interrompu le miracle qui rend sensible au cœur une mystique et perpétuelle présence. Marie a le remords d’une petite infidélité, d’une faute commise «par omission».

Elle recule son fauteuil, et, d’un mouvement de tête, évite la clarté de la lampe que Salvatore vient d’allumer. Les roses tombent de sa ceinture à ses genoux, et Marie les laisse glisser et s’effeuiller à terre. Elle recroise son écharpe, et il lui serait bien agréable qu’Angelo ne la regardât plus.

Santaspina joue un refrain populaire. Salvatore chante, et par instants Angelo fredonne la reprise, à la tierce; Marie n’écoute pas. Avec le souvenir de Claude, la tristesse inquiète et douce est revenue...

—Nous abusons de votre bonté, donna Maria? Voulez-vous retourner à Naples? dit Salvatore... Oui, n’est-ce pas?... Eh bien, nous vous accompagnons. Gramegna prendra le tramway avec nous, et il ira jusqu’à la station, parce qu’il rentre coucher à Pompéi... C’est à Pompéi qu’il habite, et qu’il travaille...

—Que fait-il de son métier, monsieur Gramegna?

—Il continue, morceau par morceau, le plan en relief des fouilles qui est au musée, et il reconstitue aussi des villas romaines... C’est un artiste en son genre, don Antonio Gramegna.

—Il ne connaît pas le français?

—Non.

—J’aurais voulu lui parler de mon père.