—Non, c’est plutôt une affiche électorale.
M. Spaniello prit son lorgnon, et, suivant du doigt les jambages inégaux et enchevêtrés, il épela:
—Trebium ædilem vos faciatis... C’est un appel aux électeurs, fait par les amis d’un certain Trebius qui voulait être édile...
—Vous restez dans ce trou?... Venez donc jusqu’à la Casa Vettii voir ma fille. Elle m’attend avec le petit Angelo qui dessine le triclinium.
—Je vous accompagne...
M. Spaniello, qui était jeune et leste, choisit une place où le talus s’abaissait. Des planches mal équilibrées formaient une sorte d’échafaudage. Le savant fut tout de suite près de M. Wallers, et les ouvriers l’applaudirent.
A travers les décombres des nouvelles fouilles, les deux confrères gagnèrent la rue de Stabies.
C’est une belle rue où l’on aperçoit, quand on va vers le nord, la croupe violette du Vésuve, et, quand on va vers le sud, les vagues bleuâtres et veloutées des montagnes qui dominent la vallée du Sarno. Elle a, comme toutes les rues de Pompéi, un sombre et houleux dallage marqué par les sillons des chars, de hautes bornes, des cuves de pierre, des trottoirs très élevés, et les maisons, de chaque côté, célèbres ou banales, ouvertes ou fermées par des grilles, ressemblent à mille et mille autres maisons. Le visiteur novice, l’humble touriste ordinaire, n’y voit que des murs bas et compacts qui gardent sur leur tuf le gris de la cendre, sur leurs briques le reflet rougeoyant d’un four. Presque partout, les étages supérieurs ont croulé sous le poids des matières volcaniques, et les maisons se sont effondrées en dedans. Déblayées, nettoyées, elles ne sont plus que leur propre squelette. Par la brèche du vestibule, apparaissent d’autres pans de murs, des colonnes dont la base est peinte, quelquefois une vasque, une table de marbre, une stèle, un Eros parmi les rocailles de ce qui fut un jardin. Et l’on entrevoit des fresques sur les parois qu’un auvent tout neuf protège. Le cinabre vif des stucs a noirci, les faux marbres se sont décolorés; mais, dans l’ensemble, les tons d’ocre et de brun rouge dominent, chaudement patinés par le soleil.
Pauvre touriste! Dans cette rue où M. Spaniello et M. Wallers se promènent, avec des regards possesseurs, il suivra le guide qui ânonne, le gardien qui ouvre les grilles, et la bande des Américains aux pieds rapides. Le Bædeker en main, il s’évertuera à distinguer l’atrium toscan de l’atrium tétrastyle, et l’atrium testudinatum de l’atrium corinthien! Il confondra le tablinum et le triclinium, les décorations du premier style avec celles du quatrième style. Sa curiosité fatiguée ne saisira plus aucune différence entre ces débris de demeures, et ne se ravivera qu’aux petits détails érotiques dans les chambrettes closes où les dames n’entrent pas!
Par ce midi de mars, plus chaud qu’un midi de mai en France, aucune horde étrangère ne déshonorait la solitude lumineuse et le silence.