—Les Wisigoths déjeunent à l’hôtel Diomède! dit M. Spaniello... Tout à l’heure, ils arriveront en masse. C’est jeudi. L’entrée est gratuite. Au diable, les Anglais à carreaux et les Allemands vert foncé!... Ils vont cueillir mes violettes!... Nous manquons de gardiens, monsieur Wallers!...
Il soupira:
—Oh! pardon, monsieur Wallers! Je vous quitte un instant. Je ne peux passer devant les Amours dorés sans regarder mes oléandres, et demander quelques nouvelles de mes bulbes de lis... Lilium candidum... On les a mis en terre un peu tard, mais je crois qu’ils fleuriront cet été. Le fantôme du propriétaire antique sera évoqué par le fort parfum de ces nobles lis, bien dignes d’orner la demeure d’un Isiaque, d’un Initié!
—Allez donc! fit M. Wallers.
La rue de Stabies et la rue des Vettii sont parallèles et communiquent par un étroit vicolo. Dans le silence immobile et brûlant passait un frisson de guitare, et goutte à goutte, une flûte cachée versait ses notes de cristal.
«Eh quoi! pensa M. Wallers, il est midi, et l’heure des mirages n’est pas celle des revenants! La nuit, quand la lune indulgente blanchit les colonnes du péristyle, les ombres des frères Vettii reviennent assurément dans leur jolie salle à manger rouge et noire, et elles boivent une ombre de vin dans une ombre de coupe, tandis que des ombres de danseuses réjouissent des ombres d’invités, bons fêtards pompéiens et petites grues!... Mais aujourd’hui, les revenants se trompent d’heure...»
L’administration italienne a fait recouvrir d’un toit la Casa Vettii, précieuse entre toutes. La lumière et le clair-obscur, la nuit et la lune se partagent comme autrefois la galerie du péristyle, et, sur la mosaïque des chambres, les heures nouvelles suivent pas à pas la trace argentée ou sombre des heures défuntes. Priape, concierge symbolique de ce lieu aimable, n’a pas quitté le vestibule où sa présence effarait les dames, mais il se morfond derrière un volet. Un gardien plus honnête accueille maintenant les visiteurs. Toutes les pièces principales, l’atrium, les chambres, le triclinium intime et le triclinium de gala, ouvrent sur le péristyle dont les colonnes enferment un petit jardin. On a retrouvé le dessin exact des plates-bandes; on a réparé les tuyaux de plomb qui amènent l’eau fraîche du Sarno, et, parmi les myrtes et les lierres, on a relevé les stèles, les vasques, les tables de marbre et les statuettes des enfants qui portent des oies.
Les colonnes cannelées sont blanches, mais la galerie, les appartements sont peints de couleurs encore vives. Partout le jaune, le noir et le blanc rehaussent la splendeur du cinabre. Ici des ornements légers courent sur un fond noir; des nymphes aux voiles bleuâtres s’envolent, isolées au centre des panneaux rouges; des Amours et des Psychés jouent sur les frises. Ailleurs, de véritables tableaux représentent des scènes mythologiques où pâlissent, près des bruns héros, les nudités fanées et froides des déesses.
C’est un art mièvre et délicat qui vint de Grèce par la route d’Alexandrie, pour amuser des libertins et des courtisanes qui avaient encore du goût.
M. Wallers prétendait que cette maison sent la femme... et même la petite femme!