C’était Angelo, vêtu de gris clair, coiffé d’un simili panama tout neuf, l’œillet à la boutonnière, les joues bien rasées! Il embrassa son frère et se jeta presque aux pieds de Marie... Il délirait de bonheur... Libre!... pour deux jours, il était libre!... M. Wallers lui avait octroyé un congé!

—Papa vous a laissé partir? Quelle histoire lui avez-vous contée?

—Je n’ai pas conté d’histoires à monsieur Wallers... Je lui ai dit la vérité... Je dis toujours la vérité... C’est pour une affaire grave... une affaire de famille... monsieur Wallers, qui est si bon, qui m’aime comme son enfant, m’a dit: «Prenez deux jours. Vous reviendrez avec ma fille...» Et me voilà!

Marie flaira le mensonge joyeux, la combinaison galante... Elle répondit un peu sèchement qu’elle avait résolu de rentrer à Pompéi le soir même...

Angelo devint tout à fait extravagant... Il déclara que madame Marie offensait tous les di Toma en refusant leur modeste hospitalité, qu’elle hésiterait avant de percer trois cœurs nobles, trois cœurs dévoués, qui battaient pour elle!... Donna Carmela serait malade de chagrin, pauvre femme!... Et Salvatore, lui aussi, s’abîmerait dans sa douleur... Quant à Angelo, il ne pourrait supporter le mépris d’une personne si chère à tant de titres...

—N’est-ce pas, Tore?... Parle, Tore, dis quelque chose!

Le sculpteur considérait son frère et Marie d’un air étrange.

Marie, agacée par l’insistance et l’emphase d’Angelo, prit son carton et sa boîte à couleurs et répéta qu’elle était obligée de partir.

Angelo regarda son frère et Salvatore comprit que les phrases et les grands gestes étaient l’expression caricaturale d’un vrai chagrin, d’un gros chagrin... Alors, il pria Marie à son tour.

—Puisque votre père ne vous attend pas, restez deux jours encore... ou même un seul jour... Faites cette grâce à ma mère et non pas à nous...