—Il se fait tard, madame, et j’abuse... Mais je vous devais une visite, et je vous l’ai faite très longue, par compensation... Et je ne vous ai rien dit de ce que je voulais vous dire...

Il répéta:

—Rien... rien, vraiment...

Josanne pensait:

«Moi non plus, je n’ai rien dit, que des banalités... J’étais si curieuse de connaître monsieur Delysle!... Il est venu. Il s’en va, et je ne sais rien de lui...»

Ils étaient, tous deux, non pas déçus, mais déconcertés par ce premier entretien qu’ils avaient, à l’avance, imaginé plus émouvant, plus original, plus intime. Et Josanne sentait que Noël n’avait pas la moindre envie de s’en aller... Mais elle n’osa pas le retenir.

—Vous me permettrez de revenir quelquefois?

—Très volontiers, monsieur. Vous me trouverez ici, tous les jours, de cinq à sept.

Il était parti. Josanne, encore étourdie de cette visite imprévue, songeait:

«Il aurait dû me prévenir... J’ai été niaise, peu aimable, peu gracieuse... Il m’a interrogée tout le temps... Il n’est pas mal... Il est même bien... Et ces yeux! Clairs et clairvoyants... de très beaux yeux qui m’intimidaient... Oh! il ne doit pas être tendre! Il n’a jamais pleuré, cet homme-là!...»