—A moi non plus, il ne m’en a rien dit. Il n’est pas confidentiel... Je l’ai su tout de même. Oh! c’est un garçon très fort, très ambitieux... Il est allé au Canada, en Australie, étudier l’organisation des syndicats, la mutualité, le mouvement socialiste...
Josanne murmura:
—Je sais...
—Bonsoir, ma petite Valentin, dit Foucart, je suis charmé que vous soyez d’aplomb... Et maintenant, je rentre chez moi. Ma femme recevra les raseurs... Je suis éreinté... Et il faut que j’aille, ce soir, à la première du Vaudeville...
«Quel imbécile! pensait Josanne. Quel pataud, quel malotru!... Il engraisse, lui, et ça ne l’embellit pas!... Et cette façon de m’appeler: «Ma petite Valentin»!
Elle essaya d’écrire, mais elle était distraite, et elle avait une sorte d’appréhension mal définie, de l’impatience, de la tristesse.
C’était l’heure où Noël Delysle venait,—quand il venait,—tous les deux ou trois jours, depuis un mois... Il avait, d’abord, justifié ses visites par des prétextes qui ne trompaient pas Josanne. Maintenant il ne cherchait plus de prétextes; il arrivait, tout simplement, comme un ami:
—Je ne veux pas vous déranger... Cinq minutes, cinq petites minutes...
—Dix, vingt, si vous voulez attendre. J’ai presque fini...
Il s’asseyait, à sa place accoutumée. Parfois, il se levait pour prendre un livre, un journal. Debout derrière Josanne, il la dominait de sa haute taille, et son clair regard s’adoucissait en effleurant la tête brune, le col penché, la courbe des épaules, le buste souple dans la robe de deuil.