Josanne sentait ce regard sur elle—et elle disait, avec un petit frisson d’agacement:

—Que faites-vous là? Je vous en prie, asseyez-vous. Je ne peux pas travailler quand on me regarde.

—Pardonnez-moi, madame...

Elle se reprochait d’avoir parlé trop sèchement, car elle savait Noël très susceptible, très attentif aux moindres nuances de son accueil. Alors, posant sa plume elle l’appelait:

—Monsieur Delysle?

—Madame?

—J’ai fini. Causons. Racontez-moi...

—Quoi?

—Des choses...

Et il racontait «des choses», parlant de ses amis, de ses livres préférés, de ses voyages, de l’Italie surtout, qu’il aimait «comme une maîtresse». Josanne découvrait en lui une intelligence fine et précise, une volonté froide, une espèce de violence latente qu’il surveillait et réprimait, de la bonté, peut-être, mais aucune sensiblerie, de l’orgueil, sans doute, mais aucune affectation. Il avait un vif sentiment des arts, une parfaite culture littéraire, le goût des idées générales, une curiosité passionnée pour les gens et les choses de son temps. Écrivain, il n’était pas «gendelettre»; homme du monde, il n’était pas snob. Il se plaisait aux paradoxes; il se disait affranchi de tout préjugé, mais il détestait la bravade, l’excentricité, les déclamations, et sa réserve un peu hautaine marquait les distances.