—Vous pensez cela, réellement?

—Cela vous choque? Oh! rassurez-vous, je rends aux femmes vertueuses, aux résignées, aux sacrifiées, l’hommage qui leur est dû. Mais je ne condamne pas les autres. Je n’ai pas de préjugés, et très peu de principes... Et puis je suis l’ami, le chevalier, le défenseur du sexe opprimé! Je suis devenu, grâce à vous, le Don Quichotte du féminisme...

—Parlez donc sérieusement de choses sérieuses.

—Je suis très sérieux... De quel droit condamnerais-je les autres? Pourquoi leur imposerais-je des vertus que je suis incapable de pratiquer? Je ne pourrais pas rester fidèle à une femme que je n’aimerais pas... d’amour... Ma foi, non! Je me connais... Vous voyez que je suis plus modeste et meilleur que votre Tourette: j’étends ma miséricorde à toutes les pécheresses qui ne furent coupables que d’avoir aimé...

Josanne secoua la tête:

—Vous avez raison, il ne faut juger personne... Que savons-nous les uns des autres? Rien... Comment deviner l’arrière-plan d’une vie, le secret d’un cœur!... Mais vous changerez d’avis, plus tard, je le crains... quand vous serez marié...

—Je n’aurai plus l’esprit libre, parce que je n’aurai plus le cœur libre?... Grand merci!... Je ne suis pas une marionnette, chère madame...

Noël protestait si vivement, si franchement, regardant Josanne bien en face, de ses yeux clairs et sincères, et elle avait un si grand désir de le croire qu’elle le crut.

—Eh bien, il n’y a pas beaucoup d’hommes comme vous!

—Tant mieux! vous m’estimerez davantage.