—Vous n’avez pas de préjugés... Cependant...
—Quoi?
—L’autre jour, je vous ai raconté ma visite aux Lefebvre, ce ménage d’esthètes qui produit, en collaboration, des livres si extraordinaires...
—Ils élèvent des lézards... des lézards verts qui portent des anneaux d’or à la queue!
—Et ils habitent dans une maison de cauchemar, où la rampe de l’escalier imite le zigzag de la foudre, où les serrures représentent des têtes de diables...
—Où les meubles tiennent au mur, on les loue avec l’appartement...
—Juste! Les Lefebvre sont touchants! La femme dit: «Mon mari a du génie; je n’ai que du talent...» Et le mari répond: «C’est moi qui ai le talent, Juliette, un grand talent, je le sais. Mais tu me dépasses, comme je dépasse mes contemporains... «Madame Valentin, je vous en prie, insistez dans votre article; insistez sur ce détail essentiel que Juliette me dépasse...
—Oui, je me rappelle ce mot... La femme de génie se porte beaucoup, cette année...
—Vous m’avez répondu: «Ça doit être épouvantable d’être le Roméo de cette Juliette!... L’amour conjugal est à la mode dans le monde littéraire, mais les pauvres romanciers ne seront plus jamais tranquilles! Leurs épouses, de gré ou de force, s’associeront à leurs travaux...»
—Eh bien! cela prouve que je n’ai pas de goût pour le rôle de cornac, de barnum et de prince-consort.