Il avait parlé d’un ton presque rude, où il y avait de l’amertume et de la souffrance, et de la colère et de la jalousie...
Josanne eut un imperceptible mouvement en arrière:
—Comme vous êtes exigeant!
—Je vous demande pardon, madame... Je n’ai pas le droit, en effet...
—Mon ami, dit-elle avec douceur, vous avez tous les droits de l’amitié... Mais vous n’avez aucune patience... Laissons faire le temps. Vivons un peu au jour le jour. Nous nous comprendrons l’un l’autre sans nous raconter l’un à l’autre... Vous m’avez déclaré, vous-même, que vous n’étiez pas confidentiel... Est-ce que je vous demande, moi, les petits secrets de votre âme?
—C’est vrai, dit-il, et c’est ma tristesse: vous ne me demandez rien...
Et, par un de ces revirements d’humeur dont il était coutumier, il fit le geste d’effacer quelque chose, dans l’air, entre Josanne et lui. Il essaya d’être gai et il réussit à égayer Josanne.
Pendant qu’elle goûtait les «fruits rafraîchis» dans une coupe de champagne, il parla de l’Italie qu’il aimait «comme une maîtresse».
—J’ai pensé à vous, là-bas, très souvent... Oh! votre première lettre! Je l’ai lue dehors, sur la place du Dôme, appuyé contre la grille du Baptistère... Je revois distinctement, au bas d’une page, votre nom: «Josanne Valentin!» J’étais content que ce nom de Josanne ne fût pas un pseudonyme... Et j’aimais ce joli nom, il était si doux à mes lèvres que je le répétais pour le savourer: «Josanne... Josanne...» Et, parce que je suis un imaginatif, et un sentimental, j’oubliais tout à fait l’article qui avait provoqué notre correspondance; j’oubliais la journaliste, la féministe!... Je voyais, sur cette place de Chartres que je connaissais, une jeune femme, en robe noire, au visage voilé... Oui, jeune, et triste, et seule, et sans amis... Et j’avais, tout à coup, un grand désir que cette femme lointaine fût heureuse...
—Elle était déjà moins malheureuse, grâce à vous!