—La petite Vernet m’a dit...
—Si vous saviez comme les discours de la petite Vernet me laissent indifférent!...
—Elle m’a dit: «Qu’a donc ce pauvre monsieur Delysle?... On ne le voit plus nulle part, excepté chez vous... et encore!... Vient-il à vos mercredis soirs?... Pas souvent?... Oh! ma chère, méfiez-vous... vous allez perdre votre «flirt»... Quand un de mes amis disparaît et ne reparaît qu’à de longs intervalles, préoccupé, distrait et grognon, je pense: «Il a sa crise... Il est amoureux...»
Noël ne répondit pas. Madame Moriceau s’installa au coin de la cheminée, dans une bergère, et, contemplant ses ongles qui miroitaient, elle affecta une dédaigneuse indifférence.
—Si vous avez votre crise, il faut le dire... Je ne suis pas jalouse et pas crampon... Mais ce que je n’admets pas, mon cher, c’est votre brusque disparition... Votre absence, que tout le monde a remarquée, me compromet autant que vos assiduités de naguère. Les gens disent: «Ils sont brouillés... Pourquoi?... Il y avait donc quelque chose entre eux?...» Je crains les potins comme la peste... Aussi je vous ai demandé, en insistant, de venir à mon jour...
—J’y suis venu, à votre jour. J’ai subi la conversation émouvante de madame Vernet, de madame Langlois!... Je sais que les chapeaux de ce printemps auront des calottes basses, que l’auto de monsieur Vernet fait du cent vingt, et qu’il n’y a plus, en France, ni cuisinières économes ni femmes de chambre vertueuses... Je sais aussi que la comédie de monsieur Privaz est un bijou, un pur bijou!... Oui, la vie est courte, j’ai beaucoup de travail, et cependant je suis là, depuis une heure. Vous me cherchez querelle au lieu de me plaindre et de me récompenser... Ce n’est pas gentil.
—On vous a récompensé d’avance...
—Comment?
—Si vous oubliez déjà...
—Oh! Renée!...