Elle s’éveillait, le matin, avec un sentiment de confiance et s’endormait, le soir, avec un sentiment de gratitude envers le sort qui lui accordait cette trêve. Elle était sûre que rien de pénible n’attristerait son retour, et cependant elle ne se hâtait point de revenir à Paris. Libre de songer à Noël, ne faisant rien que d’écrire à Noël ou de relire les lettres de Noël, elle sentait son ami si proche qu’elle se surprenait à lui parler tout haut.

Mais, ce jour-là, dans la chambre où elle travaillait en attendant le courrier, Josanne éprouvait tout à coup la détresse physique de l’exilé, une sensation d’obscurcissement et d’asphyxie. Noël n’avait pas répondu à sa dernière lettre,—à cette lettre qui annonçait, préparait une confidence devenue nécessaire!...

«Rien ce matin, rien à midi!... J’aurai un billet à six heures, peut-être... Sinon, j’enverrai un télégramme à Noël. Je ne peux pas rester sans nouvelles de lui. Est-il malade? A-t-il quelque chagrin?... Il est seul. Qui le soignerait? Un domestique. Qui le consolerait?... Personne... Mon pauvre ami!...»

Elle ne supposait pas que Noël pût avoir des peines de cœur, ou ce qu’on appelle vulgairement «des histoires de femmes»... Cette hypothèse déplaisante ne se présenta même pas à son esprit. Josanne avait l’intuition que Noël Delysle était à elle, et ne pouvait être heureux ou malheureux que par elle... Et pour s’expliquer le silence du jeune homme—ce long silence de vingt-quatre heures!—elle n’imaginait rien d’autre qu’une indisposition subite, des soucis professionnels, la maladie d’un parent.

Mais, quoi que Josanne soupçonnât, d’heure en heure son impatience devenait de l’anxiété... Elle essaya de coudre: à chaque instant elle se piquait les doigts. Elle essaya de lire: le livre glissa sur ses genoux. Alors elle se représenta Noël obligé de partir, en mission officielle, pour un pays lointain,—le Japon!—Et cette idée invraisemblable, qu’elle repoussait, la harcela, s’implanta en elle.

«C’est absurde!... Il ne peut pas être obligé de partir!... Il ne veut plus s’en aller, maintenant!... Il est libre. Il me l’a dit bien des fois... Il n’ira pas au Japon avant l’année prochaine et—qui sait?—jamais, peut-être... Je suis folle...»

Elle oubliait qu’elle avait considéré le départ de Noël, et la divergence de leurs vies, et même le mariage du jeune homme, comme des fatalités douloureuses qu’elle acceptait, bravement. Elle entrevoyait, avec épouvante, une vie où il ne serait pas. Et elle pensait encore:

«Allons donc! c’est impossible...»

Mais elle avait froid dans les veines, et, la tête renversée sur le dossier du fauteuil, elle ferma ses paupières, les crispa pour ne pas pleurer.

—C’est impossible, n’est-ce pas?... dites, mon ami, c’est impossible!... Mon ami... mon ami chéri... mon chéri...