—Le printemps est venu, le vrai printemps...

Il souriait. Elle s’appuya un peu, très peu, contre lui... Elle n’osait pas. Mais il la prit dans ses bras, et elle fut si heureuse, si heureuse, qu’elle souhaita ne plus s’en aller, jamais. Il pencha la tête vers elle; elle leva la tête vers lui, et leurs lèvres se rencontrèrent...

... La secousse du baiser réveilla Josanne. Elle cria, comme dans un cauchemar, et se dressa...

La mousseline des rideaux, les draps du lit, les linges posés sur des chaises, tout ce qui était blanc, dans la chambre, était d’un blanc miraculeux, irréel, trempé de lumière... Une poussière d’argent flottait dans une atmosphère bleuâtre et la pénombre même des coins obscurs devenait vaporeuse et semblait prête à s’éclairer.

Josanne se leva pour clore les rideaux de la fenêtre. Mais elle resta immobile, éblouie, le front contre les carreaux...

L’enchantement du clair de lune planait sur la ville assoupie. Les pignons pointus, le clocheton du patronage, les charmilles de l’Évêché, l’énorme vaisseau de Notre-Dame, n’avaient plus de couleurs ni de nuances, et ne se distinguaient que par les degrés de l’ombre qui allait du gris de cendre au noir profond. Une façade recrépie, une dalle de pierre, çà et là, étaient blanches comme des flaques de lait... Des reflets prismatiques frissonnaient sur le toit de cuivre de la cathédrale. Et les tours semblaient plus hautes, avec leurs flèches légères, grises, fines, qui s’effilaient...

Josanne, oppressée, ouvrit la fenêtre. La caresse de l’air glissa de ses paupières à sa bouche et de sa bouche à ses seins. Le rosier accrocha ses cheveux, effeuilla sur elle ses roses mûres. Et, tressaillante et défaillante, accablée par la nuit trop douce, elle se mit à pleurer...

Elle pleurait sans chagrin, éperdue, confuse, vaincue... Quoi? Elle avait rêvé cela? Elle avait désiré cela, ce baiser de Noël promis à ses lèvres!... Un jour, bientôt, Noël l’embrasserait ainsi... Comme cette pensée lui faisait peur et plaisir, cette pensée qui demeurait chaste pourtant, qui s’arrêtait au baiser et à la plus timide étreinte!

Elle ne savait comment cela arriverait, si ce serait un bonheur ou un danger pour elle, et quel serait le lendemain de ce baiser. Elle ne songeait ni au passé, ni à l’avenir, ni à rien de ce qui n’était pas son amour... Et ce mot d’«amour» elle le murmurait, avec crainte, avec respect, comme un mot magique, dont le sens nouveau l’émerveillait...

Parfois elle cachait sa tête entre ses mains. Elle était presque anéantie par une félicité inconnue, trop lourde à son âme, et elle souhaitait mourir de cette joie, fondre, se dissoudre dans les rayons de la lune, dans le parfum des roses, dans le mystère de la nuit... Elle n’avait pas sommeil; elle n’avait pas froid; elle pleurait sans s’en apercevoir les plus belles larmes de sa vie.