Parmi les résignées, la rebelle se réveillait, demandait: «Pourquoi?... Au nom de quoi?...» Et, comme le prêtre disait: «Examinons notre conscience...», elle regardait en elle-même, avec une volonté sincère de se connaître et de se juger.

Mais elle y trouvait de la mélancolie,—pas de la haine,—du regret,—pas du remords.—Elle ne se disait point: «J’ai péché. Je suis impure, infâme, et je mérite le mépris...» Elle pensait seulement qu’entre son devoir d’assistance conjugale,—son devoir de pitié humaine,—et son droit de vivre, d’aimer, de goûter le rapide bonheur qui fait le prix de la vie mortelle, elle n’avait pas su, pas pu choisir...

Et elle pensait que la faute véritable, au point de vue de la stricte morale, n’est pas dans l’amour illégitime, mais dans le mensonge et les compromissions qu’il entraîne. Si elle avait pu quitter son mari, après une explication loyale, quelle différence dans sa vie, dans la vie de Claude!... Mais aussi, dans la vie de Pierre, quel désastre et quelles douleurs! En ce cas particulier, le mensonge était certainement le moindre mal...

«Oui, pensait-elle encore, Noël me comprendra. Il verra que je ne suis pas indigne d’être ce que je veux être pour lui: son amie, sa sœur, son âme vivante et visible. J’ai sa tendresse. J’aurai son estime, parce que je mérite cette estime, malgré tout...»

L’office achevé, Josanne et sa tante prirent le petit Claude par la main et s’en retournèrent chez elles.

Le ciel ne s’était pas obscurci. Il s’était fané comme une fleur, comme ces grandes mauves qui se décolorent doucement au soir chaud des chaudes journées. La lune n’était pas levée, mais on la devinait prête à surgir, à l’angle d’un toit, à la pointe d’un clocher, entre les ramures d’un arbre. Tout à coup, elle serait là, sans qu’on l’ait vue paraître. Elle serait là, ronde, nacrée, quasi transparente, à une place imprévue du ciel; et, l’azur se fonçant peu à peu, jusqu’au violet sombre, elle deviendrait, la blanche lune, toute d’or, puis toute d’argent...

Josanne imaginait Noël près d’elle, et s’appuyant à son bras; elle lui disait: «Mon ami...» Ensemble ils goûtaient l’heure exquise...

Rentrée au logis, elle coucha son enfant, ferma sa malle, et se coucha à son tour. Elle s’endormit, avec la lettre de Noël sur sa poitrine, sous ses mains croisées.

Elle dormit, elle rêva... Elle était dans un jardin, sur un banc rustique. Le jardin était tout blanc d’arbres en fleur; l’herbe était pleine de violettes.

Soudain Josanne aperçut Noël Delysle, assis près d’elle. Il disait: