—A Cernay. Vous voulez-t-y pas voir les cascades? Y a un sentier, à droite, tout le long de l’eau... Et puis, y a le moulin, et l’auberge à Léopold... Moi, j’irai jusqu’à l’auberge à Léopold...
—Descendons!
—Ce n’est pas très prudent, Josanne... Vous êtes fatiguée...
Elle ne l’écoute pas, elle saute sur la route, pendant qu’il donne ses ordres au cocher. Elle court, elle suit la pente du ravin, parmi les châtaigniers et les chênes, blanche, dans le demi-jour glauque qui baigne les troncs trapus, les rochers gris. La mousse spongieuse, d’un vert velouté, amortit ses pas. Des racines arc-boutées contre le sol retardent sa fuite légère. Elle va, laissant traîner sa jupe, les bras étendus, longue, svelte, agile, silencieuse. Et elle s’arrête, comme une colombe se pose, dans un large creux de rocher où s’amassent des feuilles mortes.
Noël la rejoint. Elle met ses mains sur ses yeux; elle respire lentement, profondément, si oppressée!...
Noël lui dit:
—Quoi?... Vous ne voulez plus me regarder?... Regardez-moi! les yeux dans les yeux! Il le faut!... Je veux que vous me regardiez, Josanne!
Il lui saisit les poignets, la retient, fascinée, sous son regard clair.
—Oh! mon ami,... Par grâce... Croyez-moi... Je...
—Josanne!... Je voulais attendre, vous éprouver, parce que vos réserves, vos réticences avaient mis en moi un doute... Mais je suis à bout de forces!... Il faut parler maintenant... Oh! je vous en supplie, soyez clairvoyante, soyez sincère!... Cherchez en vous, cherchez bien, s’il n’y a rien... rien que...