Il avait parlé en riant,—d’un rire qui n’était pas très sincère, qui s’attendrissait. Et Josanne avait répondu si gravement qu’il en eut l’âme remuée. Le matin même, il s’était répété ce qu’il se disait depuis le retour de Josanne: «Je suis sûr de moi, mais je ne serai pas sûr d’elle tant qu’elle ne m’aura pas ouvert tout son cœur... Qu’elle parle d’abord. Qu’elle me donne cette preuve de confiance...»
Elle avait repris sa pose lassée. Sa tête penchait sur l’épaule de Noël. Il contemplait la frange noire des cils, la ligne nacrée des dents et le cou nu, et la gorge qui gonflait la mousseline,—une gorge très jeune, libre au-dessus du corset bas. Des carrés de dentelle incrustée révélaient la chair mate et blanche qui devait être douce au toucher comme la pulpe des fleurs... Et cette vision, ce contact imaginé, la ligne si jolie du corps de Josanne, troublaient Noël malgré lui. L’amie, l’amante idéale, que ses rêves les plus ardents effleuraient à peine, devenait une femme,—la femme...
Et ce trouble, encore chaste, qui n’était pas le désir d’une caresse, mais le besoin d’être près, tout près de ce qu’on admire et de ce qu’on aime, ce trouble grandissant gagnait Josanne... Et il s’y mêlait l’effroi sacré du mot que Josanne ne voulait pas dire, que Noël ne voulait pas dire, et qui était dans leur esprit à tous deux, sur leurs lèvres à tous deux... l’effroi du mot qui, prononcé, allait changer deux existences!
Mais une force irrésistible fut en eux... La main de l’homme chercha la main de la femme, le front de la femme s’inclina sur la poitrine de l’homme... Josanne se sentit rouler dans le grand torrent de l’instinct, dans le courant de la vie universelle... Elle eut peur, encore... puis, du tourbillon de ses pensées et de ses désirs obscurs, émergea le souvenir lumineux d’un rêve: le jardin fleuri, les violettes, Noël sur le banc, et l’étreinte et le baiser...
—Josanne!
—Non!
—Josanne!... Je le veux!... Regardez-moi!
Le cocher se retourne, à demi:
—Nous y v’là!
—Où donc?