L’auberge est là. Il faut pousser la barrière, traverser le potager où fleurissent des pavots rouges et roses. Voici les tables sous les tonnelles, la maison, la salle décorée de peintures. Les mouches bourdonnent dans les rideaux. Une odeur de bière flotte...

La voiture attend dans la cour, sous les acacias poudreux.

Le cocher attelle son cheval, et le patron, qui a du flair, s’approche des jeunes gens... Il vante la beauté du pays, l’air vif, les poissons de l’étang...

—Et puis, quand on veut rester quelques jours, j’ai de gentilles chambres... Il faudra revenir, m’sieur et dame.

—Sans doute... sans doute! dit Noël...

Et il n’ose pas regarder Josanne qui rougit.

On repart. Le vieux cocher essuie son front, sifflote et prend bien soin de ne pas se retourner. Il a l’expérience de ces promenades et il a compris tout de suite que «ces deux-là, c’est deux qui s’aiment bien...»

Des champs, des prés, un plateau, des collines éventrées par des carrières jaunes, les ruines d’une abbaye, une allée entre des murs de parc, une clarté blanche et brûlante qui tombe. Mais Noël et Josanne ne voient plus, ne parlent plus. Ils ne perçoivent rien du monde que l’atmosphère embrasée, l’odeur sucrée des acacias, le roulement doux qui les emporte, aux bras l’un de l’autre... Et leur premier baiser les laisse éblouis, comme si toute la flamme du jour torride avait passé dans leur sang.

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XXVI