—Madame Valentin.

Le domestique eut un vague sourire: il avait porté tant et tant de lettres au nom de madame Valentin!

... Elle était seule dans ce grand cabinet de travail qu’elle croyait reconnaître. Toutes choses lui étaient devenues familières, à travers les récits de Noël. Ses pieds foulaient le parquet de marqueterie aux losanges luisants, les tapis de Perse jetés devant la cheminée et devant la table. Partout ses yeux rencontraient des meubles aux lignes simples,—bois patinés, vieil acajou pourpre ou vieux bois de rose;—des étoffes lourdes, dont les colorations allaient du roux au mordoré. Toute la vaste pièce était ainsi, sombre et chaude au regard, dans une harmonie brune et fauve qui faisait songer au cuir précieux, à l’or effacé des belles reliures anciennes. Aucun bibelot banal. Des armes, quelques cuivres, des photographies rappelant un site célèbre ou un incident de voyage, une lithographie de Fantin-Latour, un fusain de Prudhon, et, sur la cheminée, une réduction en bronze du Colleone de Verrochio. Un peu partout, des journaux, des livres, et le parfum du «maryland» sur tout cela...

Josanne respirait ce parfum; elle touchait les choses tièdes encore de la vie de Noël, ces choses qu’il avait rassemblées peu à peu, qu’il aimait, qu’il maniait chaque jour. Et de l’imaginer assis à ce bureau, près de cette lampe, la plume aux doigts, la cigarette au coin des lèvres, tel qu’il était pendant les heures laborieuses, Josanne éprouva un tel paroxysme d’amour, de douleur, de folie, qu’elle n’entendit pas la porte s’ouvrir.

—Josanne!... Il y a longtemps que vous êtes là?... Pourquoi n’avoir pas dit qu’on me réveillât tout de suite?

—Vous étiez fatigué, sans doute... Je n’osais pas...

—Oh! mon amie, mon amie chérie, comme vous avez bien fait de venir!... Il me semblait que je ne vous reverrais jamais!... Quelle nuit cruelle!

Elle avait redouté un accueil glacial, et Noël lui serrait les mains, lui parlait sans colère, la remerciait d’être venue... Elle fut si déconcertée, si heureuse, que les larmes lui montèrent aux yeux. Elle oublia les paroles qu’elle avait préparées, et elle demeura muette, regardant le jeune homme, comme Marthe et Marie regardèrent Lazare ressuscité.

Elle dit enfin:

—Ah! Noël, si vous saviez!...