—Ma pauvre Josanne, je ne demande qu’à savoir... Vous avez beaucoup à me dire, j’en suis sûr, et hier je vous ai mal écoutée... Il y a un trou noir dans mes souvenirs... J’ai perdu la mémoire et la raison pendant quelques heures... Je vous ai quittée; j’ai marché longtemps. Je me suis retrouvé à ma porte, abruti de fatigue. Le petit jour venait...

—Moi aussi, j’ai vu venir le petit jour...

—J’étais bien malheureux, bien misérable...

—Et moi!...

—Mais j’étais plus calme, et il y avait, dans ce chaos de ténèbres où je me débattais, une lueur!... Je me disais: «Il faut que j’entende Josanne, que je la comprenne, que je tâche d’être juste et d’être bon...»

—Ah! Noël, je vous retrouve! Je vous bénis pour cette parole!... Soyez juste, soyez bon! Notre bonheur dépend de vous... essayez de comprendre...

—C’est mon seul désir: comprendre!... Ah! vous n’aurez pas besoin de vous chercher des excuses! J’en découvrirai pour vous... Mais il y avait, dans ce récit entrecoupé d’hier soir, il y avait tant de contradictions, tant d’obscurité!... Vous vous êtes mal exprimée... Je me suis révolté trop vite!... Car enfin, Josanne, il n’est pas possible qu’une femme comme vous,...

Il élevait la voix, malgré lui. La violence contenue reparaissait. Mais aussitôt:

—Vous voilà encore effrayée!... Voyons, asseyez-vous près de moi, dans ce fauteuil... Causons... Je serai raisonnable... Je tâcherai de vous écouter comme si je n’étais pas en cause, impartialement. Et après, ma chérie, nous serons tristes encore, mais plus proches, nous souffrirons moins.

—Je veux l’espérer, Noël...