Ils s’installèrent dans un coin, au café du théâtre. Foucart portait beau, parlait fort et plastronnait, et découvrait partout des gens qui étaient, avaient été, ou voudraient bien être de ses collaborateurs, des gens qui se faisaient humbles devant lui, ou timides ou trop aimables. Le petit Bersier, imberbe et rose, fier de sa belle raie et de sa belle mèche sur le front, acquérait, par reflet, un peu de l’importance du patron.

—Ce bon Popinel! dit Foucart. J’aurais parié cent sous qu’il se ferait «emboîter»... Eh bien, elle n’est pas mal sa pièce, pour un début... Il y a des scènes adroites, des mots, une situation!... Et c’est très bien joué... Oui, la fin est un peu bêbête, mais si habilement arrangée qu’on ne s’en aperçoit pas tout de suite... Et vous avez vu?... ces tirades contre la liberté de l’amour, cette apologie de la vertu, de la pureté, la grande scène du milieu du second acte?... ça portait!... Je vous le disais bien, Bersier, on a fait trop de comédies sur l’amour libre, et le mariage libre, et le divorce libre!... Il y a un mouvement de réaction qui s’esquisse... Suivez cela, Bersier! Nous pourrions même donner une petite «machine» à propos de cette réaction, faire une enquête auprès des personnalités littéraires... Hein?

—Ça va! dit Bersier. Moi, j’aime beaucoup les enquêtes... Les «enquêtés» font toute la besogne! On n’a plus qu’à transcrire...

Noël lui demanda:

—Est-ce que vous avez une opinion, vous?

—Moi?... Je n’ai pas le loisir, ni le goût de philosopher... Le féminisme, l’antiféminisme, le mariage, le divorce, l’amour, et tout! c’est de la copie...

Foucart se mit à rire.

—Bravo, Bersier!... Et vous, Delysle, qu’est-ce que vous pensez?

—De la pièce ou de la thèse?

—De la thèse.