—Qu’est-ce que je vais devenir?
Il ne répond pas. Il a cette pudeur de ne pas répondre des phrases vaines... Ce qu’elle deviendra? il le sait: elle soignera son mari; elle écrira des articles de mode; elle vivra une vie pauvre et chétive...
Il accepte qu’elle vive cette vie... La femme est faite pour le dévouement...
Et c’est fini. Josanne s’en va. Elle n’interroge plus, elle ne regarde plus Maurice; elle s’en va lentement, la tête haute, le buste raidi,—avec son lourd filet dans sa main droite.
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VIII
La retraite sonna, très loin; des tambours battirent, saluant le beau jour d’octobre qui mourait.
Il mourait en pleine douceur. Il se fanait comme un jardin d’automne, dans le parfum des feuilles mortes et du buis. Le ciel, au-dessus de Chartres, restait clair, d’une froide lumière jaune; mais des nuages ardoisés s’amassaient à l’horizon et déjà l’on sentait l’humide fraîcheur qui monte de la rivière. La basse ville était noyée de brouillard.
Il n’y avait plus personne dans les ruelles déclives des vieux quartiers, personne devant le parvis de Notre-Dame. Les promeneurs, les touristes étaient partis. Maintenant, la cathédrale était seule sur la place où sa grande ombre ne peut s’allonger tout entière. Elle était seule, muette et parée comme une reine gothique en oraison; derrière elle, les charmilles de l’Évêché tendaient leur tapisserie somptueuse aux ramages d’or usés par le vent. Et, devant elle, et autour d’elle, les très anciennes maisons, basses et pointues, semblaient prosternées.
Une lampe s’alluma, au premier étage d’une petite bâtisse que précédait un jardin clos de murs. La façade regardait le flanc gauche de la cathédrale. Des lucarnes hérissaient le toit moussu qui se confondait avec les toits compliqués d’une chapelle, d’un patronage et d’un couvent. Le mur du jardin avait un réverbère à son angle et, sur sa crête, des touffes d’un lierre luisant. Un judas grillé, une boîte aux lettres, ornaient la porte cintrée, peinte en bleu.