Elle prit l’enfant sur ses genoux, pendant que Josanne préparait le potage au lait et l’œuf à la coque qui composaient le souper de Claude. Le petit ne voulait plus la quitter. Il n’avait pas faim; il n’aimait pas l’œuf; il exigeait deux morceaux de sucre dans sa tasse. Josanne intervint. Elle fit manger Claude, malgré ses protestations, puis elle le déshabilla, le coucha dans la chambre voisine. Il s’endormit.
—C’est un enfant difficile, mais il n’est pas méchant, et il vous aime, dit-elle en revenant, comme pour excuser son fils.
Elle savait que mademoiselle Miracle l’adorait; mais elle savait aussi que le pauvre Claude était un intrus dans la maison, un neveu de contrebande, et elle souffrait parfois de l’imposer.
—C’est un enfant très nerveux, répondit la tante, et il faut surveiller son régime. Le moindre changement à ses habitudes lui fait du mal... Ces enfants de Paris...
—Mais, ma tante, Claude est vigoureux!
—En apparence... comme son père!
Josanne se tut.
—La nourriture est si mauvaise à Paris! continua mademoiselle Miracle. C’est la ruine de l’estomac... Notre pauvre Pierre avait raison: les marchands vous empoisonnent... Élever un enfant à Paris, c’est abréger ses jours. Ici, les œufs sont frais, et le lait arrive pur de la campagne... Madame Chantoiseau me disait hier encore: «Votre petit neveu pousse à vue d’œil, et votre nièce a bien meilleure mine...»
Josanne comprit l’allusion discrète, le conseil timide: mademoiselle Miracle tâchait de les retenir, elle et l’enfant.
—Si nous dînions, ma tante? dit-elle. Je crois que monsieur le chanoine doit venir...