Josanne dit, lentement:
—Quand vous m’avez aimée, vous saviez que je n’étais pas libre, que je ne pouvais pas, que je ne voulais pas me libérer... Et vous saviez très bien que ce n’était ni par intérêt, ni par faiblesse, ni par crainte de l’opinion, que je restais à mon foyer... Croyez-vous que je n’avais pas rêvé une autre vie, que j’étais faite pour la trahison? Mais j’avais un devoir envers mon mari malade et malheureux. J’acceptais ce devoir... et je gardais pourtant un droit sur moi-même... Vous saviez tout cela... Je ne suis pas une inconsciente. Je vous ai parlé tout net, au début...
Il répondit:
—J’ai très bien compris. Mais, je vous le répète, je ne pouvais rien.
—Vous pouviez m’aimer, malgré tout, à travers tout, comme je vous aimais, et me donner l’appui d’une fidèle tendresse, à défaut du secours matériel. Vous pouviez tout... Mais il fallait pouvoir aimer, d’abord... Et cela, vous ne le pouviez pas...
Il protesta:
—Je vous ai aimée, passionnément...
—Allons, si vous êtes sincère, à cette heure, épargnez-vous, épargnez-moi cette vaine justification. Je ne vous reproche rien. Vous avez des préjugés; vous êtes un peu lâche. La morale courante vous justifie: la morale est pour vous, contre moi. Votre conscience vous commandait de m’abandonner, avec notre enfant? C’est possible! Mais pourquoi donc avez-vous des remords? Que faites-vous ici? Cela m’étonne.
Il ne répondit pas directement. Il répéta que des scrupules personnels et le chagrin de sa pauvre mère l’avaient décidé à la rupture sans qu’il cessât d’aimer Josanne. L’effroi de la solitude stérile l’avait conduit au mariage, et, quand il avait appris la mort de Valentin, il était déjà fiancé.
—Devais-je reprendre ma parole?... Oui, peut-être... Mais je croyais... j’étais sûr que vous ne me pardonneriez pas ma défection... que vous me détestiez... Et puis, cette jeune fille qui avait confiance en moi, cette famille qui m’accueillait... J’ai été faible, je l’avoue... Et cependant, je ne crois pas être un malhonnête homme... Mais je comprends tout de même votre indignation... J’aurais dû vous écrire... Vous auriez compris mes sentiments...