ÉCRITS DE SA MAIN.


TROISIÈME ÉDITION, CONTINUÉE JUSQU'A 1758 ET ORNÉE
DU PORTRAIT DE LA MARGRAVE.

TOME DEUXIÈME.

LEIPZIG.
H. BARSDORF.
1889.

1732.

Une nouvelle époque fit l'ouverture de 1732. Il y avoit déjà quelque temps que je me trouvois fort incommodée; j'en avois attribué la cause à l'agitation continuelle de mon esprit accablé de tant d'adversités différentes. Je voulus faire mes dévotions; je pris une défaillance à l'église, que dura quelques heures. Je me trouvai au lit en revenant à moi, entourée de la reine et d'une foule de monde, qui étoit accouru pour me secourir. Le médecin jugea que j'étois enceinte. On m'en badina beaucoup, mais je ne fis aucune attention à tout ce qu'on me dit. Je souffrois trop; j'eus plusieurs foiblesses tout ce jour-là, ce qui m'empêcha de me lever. La reine me fit dire le lendemain, qu'elle viendroit le soir célébrer les rois chez moi. Cette petite fête fût assez triste; ceux qui y étoient, sembloient touchés de me perdre, ils avoient tous les larmes aux yeux. Je pris un tendre congé de la Margrave Philippe; mon mariage n'avoit point altéré notre amitié, et je me sentis attendrie de me séparer de me amies.

Le lendemain (7. Janvier) nous nous rendîmes à Potsdam. La roi m'y reçut à bras ouverts. L'espérance de se voir bientôt grand-père lui causoit une joie inconcevable, il m'accabloit de caresses et d'attentions. Je profitai de ces bonnes dispositions par lui demander une grâce. Mdme: de Sonsfeld avoit trois nièces, filles du général Marwitz; sa soeur étant morte, elle les avoit fait élever. Ces trois filles, dont l'aînée avoit 14 ans, étoient héritières d'un bien très-considérable. Sa tante souhaitoit amener cette aînée avec elle à Bareith, pour achever de la former; elle n'osoit cependant accomplir ses désirs sans une permission expresse du roi; ce prince ayant fait une ordonnance, par laquelle il étoit défendu à toutes les filles riches de sortir de son pays, sous peine de confiscation de tout leur bien. Le roi m'accorda cette faveur à condition que je lui engageasse ma parole d'honneur de ne point marier cette fille hors de ses états [1]; en quoi je le satisfis.

[Note 1: ][ (retour) ] Comme cet article est de conséquence pour la suite de ces mémoires, je prie le lecteur d'y faire attention.