La soirée s'acheva dans le silence et je me couchai harassée, comme si j'eusse marché pendant des heures sur une mauvaise route.

Mon sommeil ne fut pas bon non plus.

Je rêvais qu'un ouragan m'emportait dans les airs. Je rassemblais toutes mes forces pour résister à la furie des vents; mais leurs tourbillons m'arrachaient mes vêtements un à un et de larges gouttes de pluie glaçaient mon corps dévêtu.


Ma tranquillité s'en alla. Ma porte ouverte me donnait une inquiétude constante, et pour ne pas me laisser prendre par l'ennui, je décidai de chercher du travail en attendant le retour de Mme Dalignac.

Chaque matin j'allais aux endroits où je savais trouver des affiches. Je rencontrais là des jeunes filles qui avaient comme moi des joues creuses et des vêtements usagés. Il y venait aussi des jeunes femmes avec des enfants sur leurs bras. Les petits griffaient les papiers sales et en mettaient des morceaux dans leur bouche.

Parfois un gamin de treize à quatorze ans s'arrêtait en passant. Il souriait aux jeunes mères et regardait les jeunes filles avec audace, puis, il se haussait pour écrire au crayon bleu sur la partie blanche des affiches, et il repartait les mains dans ses poches en sifflant et traînant les pieds sur le trottoir. Et derrière lui on pouvait lire:

On Demande

Une bonne ouvrière pour le costume d'Adam.

Les jeunes mamans riaient à grand bruit et s'en allaient en faisant sauter leurs poupons au bout de leur bras.

Aux affiches de la porte Saint-Denis, je retrouvai la jolie femme de chambre avec son bonnet et son tablier blanc. Elle guettait les ouvrières et leur parlait comme si elle avait des places à leur offrir. Quelques-unes la regardaient avec méfiance et s'éloignaient sans vouloir l'entendre, tandis que d'autres paraissaient enchantées de ce qu'elle leur proposait.