Quand elle en fut à son huitième mois, Gabielle se montra pleine de révolte. Toute sa colère qu'elle ne savait à qui adresser retombait sur l'enfant à naître.

—Voyez un peu comme il m'arrange, disait-elle.

Et elle rejetait ses bras en arrière pour accentuer sa difformité.

Il devint bientôt impossible d'imaginer qu'elle avait pu être aimable et rieuse.

C'était maintenant une femme au visage dur, et à l'air désenchanté qui portait sa grossesse comme un mal affreux et insupportable. Pendant le jour, dans le bruit assourdissant de l'atelier, elle semblait parfois oublier son état, mais le soir après le départ des autres, elle laissait échapper toute sa rancune contre l'enfant.

—Je n'en veux pas. Il n'est pas à moi, répétait-elle avec force.

Et elle se répandait en imprécations et menaces si violentes contre l'innocent que le patron s'en offusqua et parla de la faire taire.

Sa femme l'en empêcha:

—Laisse-la dire! Tout son ressentiment va s'en aller en paroles, et quand son enfant sera là, elle l'aimera.