Dans l'espoir de l'apaiser, Bergeounette essaya de détourner sa pensée en lui parlant de ses parents. Mais ce fut pis encore, car les regrets s'en mêlèrent et vinrent augmenter la colère de Gabielle.

Depuis son aventure du bal, alors qu'elle n'en prévoyait pas les suites, elle avait pensé chaque jour à son retour dans les Ardennes. Que de fois elle s'était vue arrivant chez ses parents, vêtue d'une jolie robe gagnée et cousue de ses mains et comme alors elle avait senti son courage se doubler en pensant à toute la tendresse qui l'attendait dans sa maison. Maintenant, elle savait qu'elle ne retournerait plus au pays. Elle ne gardait même plus l'espoir de revoir un jour ses parents; car elle était certaine que sa mère la renierait:

—Jusqu'à ce bel amoureux que j'ai refusé! disait-elle, et qui ramasserait des pierres à pleines mains pour me les jeter.

Et à l'idée de tant de mépris sur elle, Gabielle s'emportait jusqu'à la fureur ou pleurait sans fin.

Un autre tourment vint l'affliger encore.

Dans la rue elle ne pouvait supporter le regard des passants quoique Mme Dalignac lui eût fait un manteau qui la couvrait jusqu'aux pieds. Il en fut bientôt de même à l'atelier où elle s'attira les rebuffades de ses compagnes.

Mme Dalignac exhortait tout le monde à la patience, et affirmait sans cesse qu'une grossesse n'avait jamais enlaidi personne. Parfois même avec des gestes très doux elle passait ses mains sur l'énorme ballon que Gabielle avançait, et avec un joli sourire elle disait:

—Quant à moi, je ne connais rien de plus beau qu'une femme enceinte.

Le patron ne manquait pas de dire comme sa femme, et pour faire cesser le rire en sourdine de Duretour, il l'interpellait à haute voix:

—N'est-ce pas que c'est vrai?