Jacques avoua modestement:
—Je crois bien qu'elle ne m'a jamais regardé.
Pour attirer l'attention de Gabielle il lui offrit plusieurs fois son bras dans la rue. Elle acceptait, tout heureuse d'avoir l'air d'une femme mariée aux yeux des passants; mais arrivée à sa porte elle retirait son bras en disant: «Merci» d'un air distrait, comme si quelqu'un lui eût simplement prêté une canne pour l'aider à franchir un pas difficile.
Il fallut pourtant se décider à lui parler de ce mariage. Elle ne répondit ni oui, ni non. Elle laissa seulement voir un étonnement excessif. Mais à partir de ce jour-là, elle regarda souvent Jacques et refusa son bras pour marcher dans la rue.
Le mois de juin arrivait avec ses fleurs et sa chaleur. Les marronniers de l'avenue haussaient leurs branches jusqu'à l'atelier et du matin au soir le soleil entrait par les fenêtres ouvertes. Malgré cela, les forces du patron déclinaient et sa maigreur augmentait.
«Il lui manque l'air des Pyrénées», disait à chaque visite M. Bon. Mme Dalignac pensait de même. Mais rien, ni personne, ne pouvait décider le malade à quitter Paris. Couché de travers sur sa chaise longue, attentif à tous les mouvements de sa femme, il restait à la regarder sans jamais se lasser.
—Au moins, supplia M. Bon, ne restez pas dans cette poussière de tissus, allez respirer dehors.
Et il indiqua les avenues voisines, et le jardin du Luxembourg où l'on pouvait se promener ou se reposer à l'aise.
—Oui, oui, répondait le patron, je sortirai demain.