A droite et à gauche de nous, des jeunes mères, au visage paisible, surveillaient d'un coup d'œil leurs bambins déjà grands ou balançaient d'une main la petite voiture qui servait de berceau à leur nouveau-né.
Jacques évitait de regarder les enfants et les mères, et Gabielle, les épaules droites et les yeux fermés, pleurait et se lamentait tout bas.
Il m'avait fallu moins d'une semaine, à moi, pour prendre goût au jardin du Luxembourg. J'y vivais dans une sorte d'enchantement qui me faisait oublier le patron et ses bouderies.
J'imaginais que le jardin voguait dans l'espace, et que ses grilles aux lances dorées n'étaient là que pour en maintenir les bords.
Très hautes parmi les arbres, les reines, toutes blanches sur leur piédestal, me faisaient penser à des anges prêts à s'envoler. Et dans le lointain les tours de Saint-Sulpice dont on n'apercevait que le faîte, semblaient placées dans le ciel comme des reposoirs.
Les bruits de la ville n'arrivaient pas jusqu'à nous, et le vent qui passait dans les feuilles était doux à entendre comme un froissement de soie.
A tout instant dans ma mémoire la voix de Bergeounette chantait la chanson du Paradis terrestre:
Dans un jardin délicieux,
Tout près des cieux…