Cela avait duré jusqu'au soir où Dalignac s'était brusquement séparé des enfants pour marcher à côté de leur tante. L'air mystérieux du brodeur avait retenu les trois enfants à l'écart pendant tout le temps de la promenade, mais après son départ les deux jeunes filles avaient demandé avec ensemble:

«Est-ce moi qu'il aime?»

«Ni l'une ni l'autre», avait répondu la tante.

Et en riant de leur déconvenue, elle leur avait appris que c'était elle-même que le brodeur venait de demander en mariage.

Ce souvenir, qui apportait aujourd'hui une grande gaîté aux deux femmes, ne fit cependant pas élever la voix à Églantine pour dire:

—Oui, et ton rire alors sonna si clair que j'ai vu pour la première fois tes beaux cheveux à reflets et ta taille bien mieux tournée que les nôtres.

Un peu de silence revint.

Dans la faible clarté qui venait du dehors, je voyais les doigts d'Églantine jouer avec une mèche de cheveux échappée au peigne de Mme Dalignac. Elle l'allongeait doucement, et, lorsqu'elle la laissait aller, la mèche remontait d'un seul coup en s'enroulant.

—Ce que tu n'as jamais su, reprit tout à coup Églantine, c'est le tracas que nous nous sommes donné ce soir-là pour savoir ton âge. Rose ajoutait je ne sais combien de dizaines à ses quinze ans, et moi je faisais des calculs dont je ne sortais pas.

Elle rit tout bas en reprenant: