—A la fin nous avons pensé à ton image de première communion qui était accrochée au mur de notre chambre. Nous n'osions pas décrocher le cadre, dans la crainte d'être surprises par toi, et nous sommes montées toutes deux sur la même chaise avec la lampe. On ne distinguait plus l'écriture, elle s'était comme fondue dans le parchemin et il ne restait que le nom du mois de mai imprimé en grosses lettres noires. Rose passa même un linge mouillé sur le verre du cadre, mais la date de ta naissance n'apparut pas davantage.

Les rires d'Églantine et de Mme Dalignac se joignirent encore, mais quoiqu'ils fussent presque silencieux, je les reconnaissais comme je reconnaissais leurs mains unies malgré l'obscurité. Et tandis qu'elles échangeaient des caresses et des mots affectueux, je pensais à l'image de première communion qui se trouvait à présent dans la chambre du patron. J'en revoyais l'écriture effacée et la date perdue, et j'imaginais les communiants et les communiantes se relevant de la sainte table et se rejoignant par couples comme dans les mariages, lorsque les époux sortent de l'église.


Un autre soir, ce fut toute son enfance que Mme Dalignac nous raconta. Une enfance triste dont elle gardait un souvenir craintif et plein d'amertume.

Sa mère n'avait jamais pu lui pardonner d'être venue au monde alors qu'elle se croyait de par son âge à l'abri de toute maternité. «Tu me fais honte», lui disait-elle.

Et jamais elle ne lui permettait de rire ni de jouer avec les autres petites filles.

Jusqu'à l'âge de six ans, l'enfant avait connu les caresses de son père, mais à la mort du brave homme, elle n'avait plus trouvé autour d'elle que la haine menaçante de sa mère. Au moment de l'apprentissage elle avait dû faire chaque jour un long détour par une rue sale et peu fréquentée pour se rendre chez la couturière qui l'occupait. Son départ comme son arrivée étaient attentivement surveillés, et lorsqu'un jour, entraînée par les camarades, elle avait osé revenir par la plus belle rue de la ville, sa mère l'avait frappée avec un tel acharnement qu'elle avait pensé en perdre la vie.

Et toujours elle entendait ces mots qu'elle n'arrivait pas à comprendre:

«Tu me fais honte.»

Elle grandit pourtant, et avec ses dix-huit ans, la force qui poussait en elle éloignait la crainte que lui inspirait sa mère, et il lui arrivait de rapporter à la maison des airs appris à l'atelier.—Elle cessait vite sous les sarcasmes: «Tu chantes pour attirer les amoureux.»