Et une fois de plus elle laissa partir ses regrets, qui s'envolèrent légers et discrets comme les oiseaux de nuit qui nous frôlaient sans que rien ne nous annonçât leur venue.
Un temps très long passa. Le vent nous avait quittées pour courir plus loin, et la brise qui le remplaçait était si douce que les feuilles ne bougeaient même pas à son approche.
Autour de nous une vapeur blanche couvrait la terre comme un fin tapis, tandis que là-haut, en face de nous, la lune maintenant rayonnante et pure surpassait en éclat tout ce qui brillait au firmament.
Tout était au repos. Les chiens avaient cessé d'aboyer dans le lointain. Les vignes proches apparaissaient comme des étangs endormis, et les trois ormes tout blanchis de lumière à la cime semblaient avoir mis un bonnet pour la nuit.
Une sorte de hurlement s'éleva soudain près de moi. On eût dit la plainte d'un jeune chien, et il me fallut un moment pour comprendre que c'était Mlle Herminie qui pleurait. Assise sur des pierres éboulées, les mains à l'abandon et la tête renversée sous la lune, elle poussait un cri monotone et long comme si elle lançait dans l'espace un appel convenu afin que sa douleur soit recueillie et que rien n'en fût perdu.
Une feuille du figuier tomba derrière nous, elle tomba lourdement comme un fruit trop mûr et son bruit fit cesser la plainte. Un instant encore Mlle Herminie resta immobile, puis elle se leva pour s'accrocher à mon bras:
—Allons-nous en, allons-nous en, me dit-elle.
Et au lieu de remonter vers la ville qu'elle avait tant désiré revoir, elle lui tourna le dos et m'entraîna vers la gare.