—Une poularde en cocotte.

Mais si elle ne prenait plus le temps de causer elle se rattrapait sur les refrains de café-concert. Et tout en cousant les étiquettes au col des vêtements elle chantait en trémolo:

Paris, Paris,

Paradis de la femme…

Mme Dalignac n'allait à la maison Quibu que pour présenter ses modèles et en fixer le prix. Elle m'emmenait pour avoir plus d'aplomb, mais ma présence n'empêchait pas le marchand de diminuer les prix d'un quart, quand ce n'était pas de moitié, et Mme Dalignac, incapable de défendre ses intérêts plus de cinq minutes, se soumettait, prête à pleurer d'impuissance. Elle enviait les autres entrepreneuses qui bataillaient, criaient et s'en allaient ayant presque toujours obtenu ce qu'elles désiraient. L'une d'elles, surtout, discutait âprement avec des mots à côté du sujet. Et rouge, hors d'haleine, finissait toujours par dire au marchand:

—Vous n'avez que la peine de vendre, ici.

Pendant les heures d'attente les entrepreneuses causaient entre elles. Les plus hardies dénigraient la maison Quibu et donnaient le conseil de lui tenir tête, tandis que les timides parlaient seulement d'être fermes avec les ouvrières.

Une petite à l'air doux, qui faisait des modèles en séries et dont les prix ne variaient guère, dit à son tour:

—Autrefois, je me contentais de prélever cinquante centimes par vêtement sur mes ouvrières, mais depuis que j'ai un enfant je prélève le double, et mon travail se fait tout de même.

Et comme Mme Dalignac lui demandait si ses ouvrières gagnaient leur vie, elle répondit: