La malade but lentement, avec des hoquets de suffocation, puis elle cracha la dernière gorgée aux pieds de Mme Dalignac en disant d'un ton haineux:

—Tenez, mauvaise femme, le voilà votre verre d'eau sucrée.

Et comme elle se retournait trop brusquement pour partir, Mme Dalignac allongea vivement le bras pour la préserver du coin de la table.


Mme Doublé ne s'étonnait pas moins que Clément de voir sa belle-sœur rester confectionneuse. Depuis longtemps déjà, elle offrait à Mme Dalignac une association qui, selon elle, assurerait à toutes deux une grosse clientèle et une vie très confortable.

Mme Dalignac serait là pour créer les modèles et faire les essayages, et Mme Doublé tiendrait les comptes et s'occuperait des ouvrières.

Tout de suite après la mort du patron, elle était devenue notre voisine, Mme Doublé, et sur sa porte qui s'ouvrait tout à côté de la nôtre on pouvait lire en lettres d'or ces deux noms accouplés: Doublé-Dalignac. Ce voisinage lui permettait des visites répétées.

Comme toujours, elle en profitait pour critiquer ce qui se faisait chez nous, et quand elle ne trouvait rien à dire sur le travail, elle s'en prenait directement à Mme Dalignac. Elle la rendait responsable de la perte de ses clientes qui s'éloignaient une à une, faute de trouver chez elle les modèles variés d'autrefois. Et un jour qu'elle était plus hargneuse encore que de coutume, elle reprocha à Mme Dalignac son manque de coquetterie et lui fit honte de ses sarrauts usés.

—J'en achèterai d'autres, dit tranquillement Mme Dalignac.

Hors d'elle-même, Mme Doublé cria: