—N'aie pas peur, je ne lui ferai rien perdre.
Elle fit toutes ces réponses d'un ton tranquille, comme si c'était là des choses insignifiantes et d'un arrangement facile. Cependant le propriétaire apparaissait de plus en plus souvent pour réclamer son dû, et le Juif venait chaque samedi avant la paye des ouvrières pour être sûr d'emporter une petite somme.
Mme Dalignac ne semblait pas se soucier de leurs exigences, elle ne parlait que de créer des modèles, afin d'employer beaucoup d'ouvrières. Rien ne la contrariait plus que de voir repartir une ouvrière avec son enveloppe vide. A celles de l'atelier elle disait:
—Si vous êtes embarrassées pour quoi que ce soit, ne craignez pas de vous adresser à moi.
Et elle démontrait et expliquait avec une inlassable patience.
Sa douceur et sa bonté ne la mettait pas à l'abri des insultes. Une ouvrière à l'air malade qui se présenta un matin le prit de haut sans raison. Elle semblait être entrée avec l'injure à la bouche et dès les premiers mots elle cria:
—C'est parce que vous vivez trop bien que, moi, je crève.
Ses yeux étaient effrayants dans sa face maigre, et elle fut prise de défaillance avant d'être au bout de sa colère.
Mme Dalignac restait comme clouée à sa place. Cependant elle leva un doigt, et me dit:
—Donnez-lui un verre d'eau sucrée.