Puis c'était Clément qui nous rejoignait.

Je le voyais venir de loin. Le haut de son corps gardait beaucoup d'aisance, mais il avait je ne savais quoi qui l'alourdissait par en bas. Et toujours il me faisait penser à un arbre qui se serait déplacé sans jamais sortir de terre une seule de ses racines.

Il s'asseyait auprès de nous, mais s'il prenait beaucoup de place sur le banc, ses remarques sur les passants n'étaient jamais méchantes ni ennuyeuses.

L'automne était doux. Les moineaux gorgés de graines délaissaient le pain qu'on leur offrait, et les pigeons, isolés, ou par groupes dans les arbres, semblaient de gros fruits mûrs tout prêts à se détacher des branches.

Autour de nous, les feuilles tombaient une à une, sans hâte ni bruit.


A l'heure du dîner j'accompagnais Mme Dalignac et Clément chez Rose. Ces soirées du dimanche passées en famille ne me laissaient jamais de regret. Églantine m'embrassait comme une sœur très affectueuse. Les enfants me recevaient avec des cris joyeux, et Rose fraîche et parée me semblait plus belle que les plus belles fleurs du Luxembourg. Elle aussi me recevait affectueusement. Elle n'était pas très flattée de m'avoir pour belle-sœur, mais elle m'aimait à cause de ma ressemblance avec Églantine.

J'avais toujours entendu parler de cette ressemblance sans y apporter la moindre attention. Mais ce soir, parce que Rose insistait en faisant des comparaisons, une curiosité me vint, et je levai le nez vers une glace qui reflétait toute la famille autour de la table et me renvoyait mon image.

Je restai tout d'abord stupéfaite de ma pâleur, et j'eus l'impression que je me voyais pour la première fois.

C'était à moi ce visage aux traits si réguliers qu'il me faisait penser à des lignes tracées sur du papier blanc?