Le lendemain de la Toussaint, je ne trouvai pas mes compagnes à l'atelier. Elles étaient au cimetière, et le patron me demanda pourquoi je n'y allais pas aussi.

Il pleuvait, et je répondis que j'aimais mieux travailler que d'aller me promener par le vilain temps.

Il cria comme s'il se fâchait:

—Ce n'est pas une promenade, c'est une visite à nos morts.

Un peu de gaîté me vint à le voir si furieux et je répartis en riant:

—Oui, mais moi, je n'ai pas de morts.

Il me regarda comme si je venais de lui dire une chose extraordinaire, et il sortit aussitôt pour se rendre lui-même au cimetière.

Mme Dalignac cousait déjà à la place de Sandrine. C'était la première fois que je me trouvais seule avec elle. Elle me regarda de la même manière que le patron, avant de dire:

—Vous avez de la chance de ne pas avoir de morts.