Le lendemain elle revint avec son visage ordinaire, et personne ne lui parla de ce qui s'était passé la veille.
Depuis son retour à l'ouvrage, Bouledogue ne cessait de bougonner après ses doigts qui avaient perdu leur souplesse et la finesse du toucher:
—Comment voulez-vous que je tienne une aiguille avec des doigts raides et durs comme cela?
Et elle nous montrait ses mains pleines de durillons et d'ampoules crevassées.
Elle avait la spécialité des petits plis et des fronces dans les tissus légers et son habileté était telle qu'aucune de nous ne pouvait la remplacer.
Lorsqu'après de longues heures de travail, un corsage de mousseline de soie sortait tout plissé de ses mains, on eût dit qu'il venait d'être fait par magie tant il gardait de fraîcheur.
Le patron osait à peine le toucher. Il l'élevait avec précaution dans la lumière et il disait tout content:
—Je crois bien qu'il a poussé tout seul au soleil.
Aussi maintenant lorsque Bouledogue voyait les tissus s'accrocher et s'érailler à ses doigts, elle entrait dans de violentes colères qui finissaient par la faire pleurer.