Ces jours-là, il ne fallait pas songer à s'attarder au bal. La cousine y serait bien restée, mais Bouledogue la ramenait sans pitié vers la grand'mère. Et du même ton dont elle nous disait: «Une journée de travail suffit», elle disait à la cousine: «Une danse suffit pour s'en passer l'envie».


Sandrine avait repris sa place en même temps que nous. Sa poitrine ne faisait plus entendre qu'un léger ronflement, et quand le patron lui criait du bout de l'atelier: «Cela va, Sandrine?» elle répondait tout de suite: «Oh! oui, cela va très bien.»

Elle souriait en nous regardant, et ses yeux noirs étaient doux comme du velours neuf. Cependant ses cheveux n'étaient plus aussi brillants, et ses boucles paraissaient moins élastiques, mais jamais elle ne se plaignait.

Une fois seulement elle parla ainsi de la fatigue de ses nuits:

—C'est drôle… Depuis que j'ai ce rhume, je ne peux plus m'étendre dans mon lit, et il me faut être à moitié assise pour pouvoir dormir un peu.

Un matin, je la surpris dans l'escalier alors qu'elle se croyait seule. Elle montait avec lenteur, en tenant le buste raide et la bouche fermée. Mais l'air qu'elle rejetait par le nez faisait un bruit fort comme celui d'un soufflet.

Mme Dalignac l'envoya chez son médecin, qui conseilla un long repos et une bonne nourriture. Sandrine riait de tout son cœur en rapportant les paroles du médecin:

—Du repos…, disait-elle. Où diable veut-il que je prenne cela? Je ne connais pas de marchand qui en vende.

Mme Doublé, qui se trouvait là, lui lança un regard plein de malveillance. Elle parla longuement des rhumes qui tournaient en maladie contagieuse et dit qu'elle ne supporterait pas une ouvrière tuberculeuse dans son atelier.