En approchant des fêtes de Pâques, les journées redevinrent aussi dures qu'avant la Toussaint. La machine du patron n'avait plus de temps d'arrêt, et le ronflement de la mienne ne faisait pas beaucoup moins de bruit. Et chaque fois que Duretour partait avec une robe terminée, le patron disait, en tapant dans ses mains:
—Courage, mesdames! Pâques va nous apporter deux jours de fête pour nous reposer.
La veille de Pâques, comme il répétait cela, Bergeounette lui répondit:
—Sandrine aura le temps de courir après son souffle pendant ces deux jours-là.
Tout le monde regarda Sandrine. Elle gardait la bouche ouverte et il y avait comme une buée autour de son visage.
Le soir, après la journée finie, elle prit le temps de sourire en nous disant:
—C'est vrai, pourtant, que je cours après mon souffle aujourd'hui.
Sa voix était tremblante et comme effacée, et on eût dit que ses yeux laissaient glisser toute leur lumière.
Et pour la première fois, depuis bien longtemps, elle remonta l'avenue avec moi, sans son paquet d'ouvrage pour la veillée.