Le mardi suivant, nous étions toutes en retard pour commencer la nouvelle semaine. Duretour elle-même était sans entrain et Bouledogue n'en finissait plus de déplier son tablier.
Le patron fit semblant de nous gronder:
—Il faudrait que Pâques ait trois jours de fête pour vous autres.
Je m'aperçus tout de suite que Sandrine n'était pas encore arrivée, et j'allais le faire remarquer à Mme Dalignac; mais, juste à ce moment, elle disait, en ouvrant une lettre dont l'adresse s'en allait tout de travers:
—Ça, c'est sûrement une cliente qui se fâche.
Chacune resta debout s'attendant à l'ennui d'une robe à retoucher. Mais au lieu de nous donner des explications, comme elle le faisait toujours dans ce cas-là, Mme Dalignac éloigna le papier et le rapprocha. Puis ses yeux papillottèrent devant les deux seules lignes qui étaient en haut de la page, et enfin elle lut tout haut:
«Ma Sandrine est morte.
Jacques.»
Dans le silence qui suivit, les têtes se tournèrent une à une vers la place de Sandrine et personne n'avait l'air de comprendre le sens de la lettre.
Tout comme les autres je regardais la place vide, mais dans le même instant je revis les yeux mornes et le sourire si las de Sandrine le samedi d'avant, et je compris que, ce soir-là, elle était au bout de sa vie.
Mme Dalignac devait se souvenir aussi; car son regard, qui s'était élargi, se rétrécit brusquement et ses mains se mirent à trembler.