Nous existons. Nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes. Ainsi notre volonté se meut : mais elle ne s’est pas mise en mouvement toute seule ; elle ne se meut que par le fait d’une impulsion donnée.

Cette impulsion, Dieu nous la donne, cela va sans dire, dans le sens du bien, dans le sens du devoir. Mais il nous laisse — et c’est notre privilège de créatures raisonnables — la faculté de l’enrayer. Tout comme, en nous donnant la vie, il nous laisse la faculté de nous l’ôter.

L’animal subit la vie jusqu’à ce que Dieu la lui retire. L’animal ignore le suicide. L’homme seul a la possibilité de se tuer volontairement.

De même, l’homme a la faculté d’enrayer en lui la vie de la grâce. Nous avons la liberté de nous défendre contre Dieu, de rejeter ses dons ; le don de la vie physique, le don de la vie surnaturelle.

Nous sommes libres de laisser vivre et d’alimenter notre corps, ou de le faire mourir, soit d’inanition, soit violemment, soit en l’empoisonnant petit à petit. Nous sommes libres, de même, de faire vivre ou de tuer notre âme.

Dieu nous aide à faire le bien. Il ne nous aide pas à faire le mal. Nous sommes libres, aidés dans le bien, de repousser cette aide pour faire le mal tout seuls, ou d’accepter cette aide pour faire le bien avec Dieu.

Quant à faire le bien tout seuls, cela nous est radicalement impossible.

Dieu est, — à l’insu même de celui qui se croit le seul auteur de ses actes, — présent et agissant dans toute parcelle de bien qui s’exécute sur la terre, comme son pouvoir créateur se retrouve et subsiste en tout être, jusqu’au plus infime, appelé par lui à l’existence.

Avoir la prétention de faire le bien tout seul équivaut à prétendre être né parce qu’on l’a voulu, et vivre de son seul gré et par son seul pouvoir.

VIII
La volonté appliquée à la connaissance