On est possédé par ses bonnes qualités naturelles beaucoup plus qu’on ne les possède lorsqu’on se borne, dans sa conduite, à suivre leur pente, sans se donner la peine d’apporter aux actes qu’elles inclinent à produire une intention raisonnée, délibérée, et volontairement directrice.

Les petits enfants, les hommes simples et primitifs, emploient pour s’exprimer et pour parler d’eux-mêmes ce qu’on est convenu d’appeler le langage nègre. Ils disent : « Moi aime ceci, moi veux cela. » L’homme conscient et éclairé dit : « J’aime », et « je veux ».

Le Moi, c’est l’être instinctif, ignorant et esclave. Le Je, c’est l’être réfléchi, instruit et détaché. Le Moi, c’est la résultante involontaire des atavismes et des habitudes. Le Je, c’est la personnalité raisonnable et libre.

Le Je ne chasse pas le Moi. Il le surveille, le contrôle et l’utilise. Le Je devient le chef du Moi. C’est pourquoi l’homme dit : Je me décide. Mais malgré la formule verbale employée, il arrive fréquemment que le Moi décide et mène le Je, celui-ci ayant abandonné le pouvoir, et fait abdiquer l’intelligence au profit de l’instinct, la liberté au profit de la passion.

La volonté mauvaise est celle qui souscrit à cette abdication, ou qui établit et maintient la hiérarchie du Je sur le Moi en faveur du mal. La volonté bonne est celle qui établit et maintient la hiérarchie du Je sur le Moi en faveur du bien.

Le Moi doit toujours être et peut toujours être gouverné par le Je, au moins virtuellement. En fait, le Je ne peut pas toujours réduire, mater, vaincre le Moi. Le moral ne peut pas toujours, pratiquement, dompter le physique. Mais il le peut plus souvent qu’on ne croit. Le pouvoir moral arrive à restreindre considérablement le champ même des réflexes, des spasmes, des impulsions violentes, des distractions, — ces réflexes de l’esprit — de toutes les méprises et inadvertances du mouvement, des sens et de la pensée, bref, de tous les actes dits involontaires, qui se passent en quelque sorte dans le dos de la volonté. Une volonté avertie, perspicace, sait se retourner à temps ; une volonté poussée très loin pénètre de part en part l’outil corporel dont elle dispose… et dans bien des cas il lui est loisible d’en obtenir un rendement très supérieur à celui dont elle se contente en général.

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Action de la volonté sur la santé, l’intelligence, et leur transmission héréditaire

« Les mauvais ouvriers, dit le proverbe, ont toujours de mauvais outils. » Cela signifie-t-il qu’une perpétuelle malchance s’acharne après les incapables, les paresseux, les maladroits ? Si l’on veut appeler malchance leur constant insuccès, tout le monde conviendra que cette malechance est généralement leur œuvre : et qu’il faut attribuer à la gaucherie, à la mollesse ou à la brutalité avec lesquelles ils manient les instruments de leur travail le piètre résultat qu’ils en tirent. Car le plus excellent outil, mis entre les mains d’un de ces mauvais ouvriers, non seulement ne lui servira pas à faire une meilleure besogne, mais sera bientôt détérioré par lui au point de ne plus pouvoir être employé à rien de valable.

La caractéristique du bon ouvrier, au contraire, c’est qu’il est capable de produire un ouvrage excellent même avec un outil médiocre ; et c’est surtout que, l’outil dont il se sert, au lieu de le gâter en l’employant, il le conserve intact, et même l’améliore.

Un bon ouvrier aime et respecte sa machine, l’entretient en bon état, la nettoie, la ménage, la préserve à la fois de la rouille et de l’usure ; à force d’ingéniosité et d’application, souvent, la perfectionne, et au besoin l’invente.